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Retour à Istanbullywood

Retour à Istanbullywood, un projet total.

Depuis 2016, avec un matériau sur une enfance très particulière, je continue de fabriquer des objets :

 Une performance et une exposition-installation à la Galerie Mémoire de l’Avenir et au Cinéma Brady, une expérience radiophonique sur France Culture, un livre de témoignage,

un film et un spectacle en préparation.

Entre mes trois et dix ans, j’ai joué dans 25 long-métrages, des spectacles, des romans-photos, des fictions radiophoniques en Turquie. Adulée du public, je recevais des lettres d’admirateurs, je faisais la une des magazines, on me reconnaissait dans la rue. De cela, j’en suis sûre. Je me souviens bien de ce statut « d’enfant-star ». Mais les films, non. Je n’en avais quasiment aucun souvenir puisque je ne les avais jamais vraiment vus. Pour une raison inconnue, je n’avais jamais pensé à me plonger dans ces archives. J’en avais, disons, des souvenirs de souvenirs, et j’avais reconstitué une mémoire avec des affiches, photos, coupures de presse, lettres que mes parents avaient gardées. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après le coup d’État raté de 2016, j’ai décidé de visionner ces kilomètres de vieilles pellicules et d’explorer ce rhizome foisonnant d’images et d’histoires. Avec l’espoir d’y retrouver mon enfance certes, mais aussi cette Turquie qui ne reviendrait plus. 

Retour à istanbullywood retrace cette traversée-là, mes réminiscences inattendues – exactement telles que je les ai vécues –autour de l’oubli de ma propre enfance mais aussi d’un monde disparu, d’un Istanbul qui n’existe plus que dans ces vieux mélos ; c'est un récit-enquête autour de l’effacement volontaire de la mémoire, de nos amnésies personnelles et collectives. 

 

Lorsque j’ai commencé à regarder ces milliers de séquences, je ne savais pas quels souvenirs manquants j’espérais y trouver, quelles traces je voulais y poursuivre. J’ignorais pourquoi cette obsession intime avait commencé à m’habiter, pourquoi je m’étais mis dans la tête, l’idée absurde que je découvrirais dans ces films « des messages secrets » adressés à la femme que je suis aujourd’hui, par l’enfant que j’ai été, depuis mes premières années sur terre. En fabriquant un film, des livres, des spectacles, je voulais tomber dans un « rabbit hole d’Alice ». 

J'ai parcouru des kilomètres d’images, en me plongeant dans ces archives, absorbé ces histoires invraisemblables. Fascinée, fiévreuse, insomniaque, dans un état obsessionnel, j’ai enchainé les navets et les films d’auteur ; mélos, westerns, science-fiction, policiers, comédies romantiques, films de genre, de super-héros, musicaux, politiques… Depuis 2016, je travaille sur ce patrimoine, sur cette topographie disparue d’Istanbul. Sur le paradis perdu, comme tous les écrivains, après tout. À la différence près que le mien a imprimé la pellicule.

 

 

 

 

 

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